Des fantômes dans les poches - Stéphane Poirier

Résumé : Stéphane Poirier, artiste pluridisciplinaire (romancier, nouvelliste, poète et photographe) né en périphérie parisienne, se distingue par sa créativité foisonnante. Son premier roman Rouquine, plusieurs fois primé, est né en 2021 aux Presses de la Cité et chez Pocket en octobre 2022, rencontrant un beau succès. Fort de cette réussite, son deuxième roman Dognapping voit le jour chez Blacklephant éditions en mai 2023, confirmant son statut d’écrivain émérite. Avec son troisième opus intitulé Des fantômes dans les poches, un recueil de poèmes et de photographies intimistes, Stéphane Poirier nous révèle une nouvelle facette de son talent en captant l’essence même du quotidien : ses élans d’amour et de désamour, ses éclats d’espoir et ses croche-pieds du destin. Dans une écriture fluide et sans artifice, il esquisse des tranches de vie où chacun pourra se reconnaître, entre tendresse fugitive et « mélancolie »

POÉSIE

Antiigone

6/26/20264 min read

Visuel pour la chronique du recueil de poèmes "Des fantômes dans les poches" de Stéphane Poirier.
Visuel pour la chronique du recueil de poèmes "Des fantômes dans les poches" de Stéphane Poirier.

Il existe des livres qui racontent une histoire. D'autres qui nous présentent des personnages auxquels nous nous attachons. Et puis il y a ces ouvrages plus singuliers, qui capturent des instants, des émotions et des fragments de vie avec une telle justesse qu'ils finissent par raconter quelque chose d'universel. « Des fantômes dans les poches » appartient à cette catégorie rare. Avec ce recueil mêlant poésie et photographie, Stéphane Poirier m'a offert une parenthèse hors du temps, une promenade sensible à travers des souvenirs, des sensations et des paysages qui semblent flotter quelque part entre le réel et la mémoire.

Quand le quotidien devient matière à poésie

Je l'avoue volontiers : rédiger une chronique sur un recueil de poèmes représentait un véritable défi pour moi. Habituée aux romans, aux intrigues à décortiquer et aux personnages à analyser, je me suis retrouvée face à un livre qui fonctionne différemment. Ici, pas de fil narratif à suivre ni de mystère à résoudre. Pourtant, très rapidement, je me suis laissée porter. J'ai même tenté une structure d'article un peu différente...

Stéphane Poirier saisit ce qui fait la texture même de nos existences : une rencontre fugace, un regard échangé, un moment de désir, un paysage observé depuis une fenêtre, une pensée qui surgit sans prévenir. Il puise dans l'ordinaire pour en révéler toute la beauté discrète. Ses poèmes donnent une voix à ces instants que nous vivons toutes et tous sans toujours leur accorder l'attention qu'ils méritent.

Au fil des pages, j'ai eu la sensation de traverser un quotidien qui aurait tout aussi bien pu être le mien. Cette proximité crée une véritable connexion avec les textes. Chacun peut y retrouver un souvenir, une émotion ou un fragment de sa propre histoire.

Une émotion douce qui s'installe durablement

Ce qui m'a particulièrement touchée dans ce recueil, c'est sa capacité à évoquer des sentiments profonds avec une grande simplicité. Stéphane Poirier parle d'amour et de désamour, d'espoir et de désillusion, de présence et d'absence. Mais jamais il ne tombe dans l'excès ou le pathos.

Une douce mélancolie traverse l'ensemble de l'ouvrage. Une mélancolie apaisée, presque réconfortante, qui invite davantage à la contemplation qu'à la tristesse. J'ai refermé certains poèmes avec cette sensation étrange d'avoir retrouvé une émotion oubliée ou un souvenir enfoui quelque part dans un coin de ma mémoire.

Cette lecture m'a rappelé ce que j'apprécie dans les textes de Michel Houellebecq que j'affectionne particulièrement : cette faculté à observer les êtres humains dans leur quotidien le plus banal et à en extraire une forme de vérité. Mais là où Houellebecq choisit souvent le désenchantement et le cynisme, Stéphane Poirier préfère la tendresse et l'empathie. Son regard reste profondément humain et bienveillant, même lorsqu'il évoque les failles ou les blessures de l'existence.

Des photographies qui prolongent la poésie

L'une des grandes forces de « Des fantômes dans les poches » réside dans le dialogue permanent entre les textes et les photographies réalisées par l'auteur lui-même.

Ces clichés ne servent pas simplement d'illustrations. Ils participent pleinement à l'expérience de lecture. On y découvre des portraits de proches, des silhouettes saisies dans l'instant, mais aussi des paysages et des lieux baignés dans une atmosphère presque irréelle.

Certaines photographies m'ont particulièrement marquée par leur esthétique proche du liminal space. Ces espaces à la fois familiers et étranges, qui semblent suspendus hors du temps, créent une sensation difficile à décrire. On a l'impression de reconnaître ces lieux tout en ayant le sentiment de les voir à travers le filtre d'un souvenir ou d'un rêve.

Cette ambiance s'accorde parfaitement avec les poèmes. Ensemble, textes et images composent une œuvre cohérente où chaque élément renforce l'autre. Les photographies prolongent les émotions suscitées par les mots et contribuent à cette impression de déambulation dans une mémoire collective et intime à la fois.

Une plume sincère et profondément accessible

Après avoir découvert Stéphane Poirier à travers « Dognapping » , j'étais curieuse de le retrouver dans un registre aussi différent. Cette lecture confirme tout le bien que je pense de son écriture.

Sa plume se distingue par sa fluidité et son absence d'artifice. Chaque texte semble couler naturellement, sans recherche de complexité inutile. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une véritable finesse d'observation.

L'auteur possède ce talent rare qui consiste à révéler l'extraordinaire dans l'ordinaire. Il n'a pas besoin de grands événements ni de situations spectaculaires pour émouvoir. Quelques mots, une image bien choisie ou une sensation parfaitement retranscrite suffisent à faire naître quelque chose chez le lecteur ou la lectrice.

Pour conclure...

« Des fantômes dans les poches » est une lecture qui m'a surprise autant qu'elle m'a séduite. Alors que je craignais de me sentir déstabilisée par l'absence d'intrigue traditionnelle, j'ai finalement trouvé dans ce recueil une expérience profondément immersive et touchante.

Grâce à ses poèmes sensibles et à ses magnifiques photographies, Stéphane Poirier nous invite à ralentir, à observer et à redécouvrir la beauté discrète qui se cache dans les détails du quotidien. Entre souvenirs, émotions et paysages suspendus dans le temps, il compose une œuvre délicate qui laisse une empreinte durable.

Si tu apprécies les livres qui parlent de l'humain avec sincérité, qui célèbrent les petites choses de la vie et qui savent créer une atmosphère unique, alors je te recommande chaleureusement de partir à la rencontre de ces fantômes. Ils pourraient bien t'accompagner longtemps après avoir tourné la dernière page.

Je tiens à remercier Stéphane Poirier pour l'envoi de son roman en service de presse et sa confiance.

Pour écouter les poèmes sur la chaîne de l'auteur...