Une page se tourne : écrire, publier, s’arrêter et se réinventer
J’explique pourquoi j’arrête de publier des romans, ma vision du monde littéraire actuel et comment je poursuis autrement ma créativité et mes chroniques.
Wendy Baqué
1/22/20268 min read


Juste quelques mots, avant de commencer.
Si tu es ici pour lire une chronique littéraire, parler de livres, découvrir des auteur·ices et nourrir ta PAL, tu es au bon endroit et tu peux rester sereinement.
Cet article n’est pas une chronique, mais il fait partie de mon parcours dans le monde du livre. J’y parle d’un choix personnel : celui d’arrêter mon activité d’auteure, tout en continuant à lire, chroniquer et soutenir la création littéraire.
J’ai eu besoin d’écrire ce texte pour poser les choses, expliquer un silence, et tourner une page avec honnêteté. Il ne s’agit ni d’un règlement de comptes, ni d’un adieu aux livres, mais d’une mise au point douce et nécessaire.
Si ces questions de création, de rythme, de place dans le monde littéraire t’interpellent, alors peut-être que tu trouveras un écho dans ces lignes. Et si ce n’est pas le cas, les chroniques continuent, comme avant.
Une page se tourne. Littéralement.
Si tu me suis depuis un moment, tu l’as peut-être déjà senti venir. Depuis plusieurs mois, je parle peu, voire plus du tout ; de mes romans. Je n’évoque plus mon manuscrit en cours, je ne partage plus d’avancées d’écriture. Ce silence n’était pas un hasard.
Aujourd’hui, je mets des mots dessus : j’ai décidé d’arrêter mon activité d’auteure.
Oui, ces livres que j’ai écrits, défendus, portés pendant des années, ceux-là, celui-ci, lui et lui aussi… c’est terminé. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette décision ne s’est pas imposée dans la douleur, mais dans une forme de lucidité et même de soulagement.
Quand les livres ont fait leur temps
À la fin du mois d’octobre dernier, lors du paiement de mes droits d’auteure, mon éditrice Émilie et moi faisons un constat simple : mes deux romances publiées chez Plumes de Mimi, "Les dangers de la lumière" et "Inoubliable Symphonie", ne se vendent plus. Après des années de publication, de promotions, de mises en avant, de chroniques, ces romans ont suivi leur cycle naturel.
D’un commun accord, je récupère donc mes droits. Pas parce que ça se passe mal, bien au contraire. J’ai eu la chance d’être accompagnée par une maison d’édition réglo, humaine, respectueuse. Mais parce que laisser ces livres s’enliser dans un catalogue qui s’enrichit chaque jour de nouvelles pépites n’avait plus beaucoup de sens. D’ailleurs, je t’invite à aller voir leur compte et à jeter un œil à leurs publications si tu aimes la romance. Il y a une superbe collection qui arrive cette année et ça va envoyer du lourd !
Et là, surprise : je me sens soulagée. Soulagée de ne plus me battre pour des livres qui ont existé pleinement à un moment donné, mais qui appartiennent désormais à une autre époque de ma vie. Ils ont été publiés en 2020 et 2021. On est en 2026. Des milliers, des millions de livres sont sortis depuis. Le marché évolue vite, les attentes aussi. Il faut parfois accepter de laisser la place, d’avoir fait son temps.
Pourquoi je ne veux pas les rééditer
Bien sûr, la question s’est posée : pourquoi ne pas les rééditer maintenant que j’ai récupéré mes droits ? Je me la suis posée aussi. J’étais même franchement dégoûtée à l’idée d’abandonner ces histoires et les heures de travail qu’elles représentent.
Mais rééditer, ce n’est pas appuyer sur un bouton magique. Cela voudrait dire reprendre les textes, les corriger en profondeur, les enrichir, parce que j’ai mûri, évolué, et que je n’écrirais plus de la même manière aujourd’hui. Cela demanderait un investissement énorme en temps, en énergie, en communication. Et surtout, une question restait sans réponse : qui irait lire des romances déjà publiées, puis dépubliées, puis republiées ? Ont-elles réellement une seconde vie possible, après avoir déjà vécu la leur ?
Je n’ai pas trouvé d’argument honnête pour me convaincre. Alors j’ai choisi d’accepter que ces livres aient correspondu à un instant précis de ma vie, et qu’y revenir aujourd’hui risquerait de les dénaturer.
Le constat est le même pour mes romans en autoédition, "La fleur de l’âge" et "Les vents de l’existence". Ce dernier, mon tout premier roman, mériterait une réécriture complète tant j’ai appris depuis 2019, et tant le monde a évolué autour de son thème principal : la fin de vie. "La fleur de l’âge" reste celui que je défends le plus facilement, mais là encore, je n’ai plus l’envie, le temps ni l’énergie de le vendre, de communiquer, de convaincre. Or, publier un livre, c’est aussi ça : vendre, se montrer, créer toujours plus.
Le monde du livre tel que je le perçois aujourd’hui
Depuis mes débuts en 2019, le monde littéraire a énormément changé. Et sur bien des aspects, c’est une excellente chose. Les outils d’autoédition, d’aide à l’écriture, les formations, les conseils se sont multipliés. Écrire et publier est devenu plus accessible, plus ouvert. J’adore voir autant de personnes oser raconter des histoires, leurs histoires.
Mais qui dit plus d’auteur·ices dit aussi plus de difficulté à se démarquer, surtout quand on n’écrit pas dans les genres ultra-tendance. Et j’ai parfois eu l’impression qu’il fallait en faire toujours plus pour exister : plus de contenus, plus de promotions, plus d’événements, plus de visibilité. Je ne suis pas parvenue à trouver le juste milieu entre plus... et trop.
Je savais pourtant dans quoi je m’engageais. Je savais qu’être auteure, ce n’est pas seulement écrire, mais aussi endosser un rôle d’entrepreneuse. Je l’ai fait, au début. J’y croyais. Mais avec ma santé aléatoire et mon entreprise à côté, j’ai fini par atteindre mes limites. Plus je parlais de mes livres, plus je m’épuisais, avec cette sensation de ne jamais en faire assez.
À cela s’ajoute un monde de l’édition qui, à mes yeux, s’est aussi assombri : plagiats, pratiques douteuses, maisons d’édition fantômes, conditions précaires du statut d’artiste-auteur·ice, pression constante, dérives liées à l’IA, téléchargement illégal, fausses promesses… Autant de raisons qui m’ont donné envie de prendre du recul. J’étais bien là où j’étais, chez Plumes de Mimi en qui j'avais une confiance totale, mais je ne me reconnaissais plus dans cette course permanente.
Arrêter de courir après le train...
J’ai souvent eu l’impression de courir derrière un train lancé à pleine vitesse, sans jamais réussir à monter dedans. Alors, ces derniers mois, j’ai arrêté de courir. J’ai regardé le train s’éloigner. Et j’ai respiré.
Peut-être que je remonterai dedans un jour, peut-être que je prendrai un autre train, ou que je resterai un moment sur le quai. L’important, pour moi, est de me préserver.
Je n’arrête pas d’écrire, j’arrête de me forcer
Je tiens à être claire : je n’arrête pas d’écrire. J’écris toujours, sous d’autres formes. Des avis de lecture, des chroniques littéraires, des comptes rendus de concertdes fragments, des poèmes. Il y a aussi ce cinquième roman, en chantier depuis cinq ans, qui me résiste. Un texte très personnel, trop peut-être, qui me fait peur tant il est important à mes yeux.
J’ai fini par accepter que ce roman ait besoin de temps. Ou qu’il n’existe jamais. Et c’est OK.
Ce que j’ai compris, surtout, c’est que ce qui m’importe profondément, ce n’est pas seulement l’écriture, mais la création. Cette absence de créativité a failli me coûter très cher lors de mon burnout en 2022. Aujourd’hui, avec mon activité de créatrice de sites web pour les auteur·ices, je crée tous les jours, et je vais mieux.
Chroniquer, lire, transmettre : ça continue !
Une chose ne changera pas : je continuerai à lire et à chroniquer. Lire reste pour moi une source d’évasion et d’ancrage. Je prends toujours autant de plaisir à découvrir des livres, à en parler sur mon blog et les réseaux, à échanger avec les auteur·ices et les maisons d’édition avec lesquelles je travaille.
Là, je me sens utile. Alignée.
Et WenDev dans tout ça ?
WenDev, c’est mon double technologique, mon autre moi qui est développeuse web le jour (et parfois la nuit) spécialisée dans la création de sites web auprès des auteurs de livres.
Avec elle, il faut dire que je ne suis jamais loin du monde littéraire ! Certains clients sont venus vers moi justement parce que j’avais aussi la casquette d’auteure. C’est d’ailleurs l’un de mes arguments : moi aussi, je suis passée par toutes les galères en ligne et sur internet pour me faire connaître, alors mon expérience peut complémenter mes compétences techniques. Alors, si je ne suis plus auteure moi-même, suis-je autant légitime d’aider les auteurs ? J’ai douté… mais oui.
Aujourd'hui, après plus d’une vingtaine de sites web créés, autant d’auteurs accompagnés, des audits de sites et des newsletters lancées, je pense sincèrement que je peux m’appuyer davantage sur cette expérience humaine et technique, auteure ou pas. Je reste dans le monde littéraire, je ne l’abandonne pas !
Et je remercie mon expérience d’auteure car, justement, c’est parce que je l’ai eue qu’aujourd'hui, je peux faire ce métier qui me correspond totalement et dans lequel je m’épanouis et rencontre des auteurs géniaux que j’ai envie d’aider et d’accompagner pour mettre en avant leur univers littéraire et leurs livres sur le net !
D’ailleurs, si tu veux en savoir plus ou discuter de ton projet web, rendez-vous sur le compte @wendevweb et sur la page dédiée de ce site.
Une fin… avec de la suite dans les idées !
D’ici le mois d’avril, l’intégralité de mes romans sera dépubliée. Ils ne seront alors plus disponibles à la vente. Si tu souhaites encore me lire, c’est le moment. Tu peux retrouver les derniers exemplaires dans ma boutique en ligne jusqu'à épuisement des stocks ou sur les plateformes habituelles pendant quelques temps seulement.
Je termine cet article sur des remerciements sincères et chaleureux à toutes les personnes qui ont lu mes livres, ont donné leur avis, ont pris le temps d’échanger avec moi lors des salons et dédicace et donné sa chance à une « petite autrice inconnue », à celles et ceux que je côtoie toujours depuis mes débuts sur Wattpad, à celles et ceux qui ont traversé cette expérience avec mes personnages et moi, et à ceux que la vie a éloignés, à toutes ces personnes qui m’ont croisée, rencontrée en tant qu’autrice et qui ont rendu cette expérience quelque chose d’unique et de profondément humain. Vous êtes des belles personnes, vraiment.
Je tiens à remercier ma maison d’édition Plumes de Mimi éditions et mon… ex-éditrice Émilie pour avoir donné leur chance à mes romans et à les avoir promus, mis en avant, d’avoir été aussi safe depuis le début… et d’avoir réalisé mon rêve : celui d’être autrice.
Cette page se ferme avec douceur. Une autre s’ouvre. À mon rythme.
Prends soin de toi. Lis. Écris. Crée. Les mots sont une force, mais ton bien-être l’est encore plus. 🙏🏼
Wendy.














