Un bruissement d'elles au fil de l'eau - Véronique Ribera
Résumé : Elles, ce sont quatre jeunes femmes, amies depuis 8 ans. Alors quand Lilou, Romane et Noémie apprennent qu’Adèle doit convoyer la péniche de son frère décédé sur le Canal des Deux Mers pendant 15 jours, elles l’accompagnent sans hésitation. Au fil des écluses et des mots couchés dans leur journal de bord, les fêlures des jeunes femmes se révèlent : Adèle hantée par la culpabilité, Lilou en lutte contre des tempêtes intérieures, Noémie encore déboussolée après un dur combat. Et loin d’être un long fleuve tranquille, leur périple semé de pannes et leur cohabitation contrainte éprouvent leur belle amitié. Heureusement, le voyage leur réserve une surprise intrigante : le mystérieux Sohan vient leur prêter main-forte. Lilou s’en méfie, Noémie n’ose pas l’entreprendre, Adèle relève qu’il connait un peu trop bien la péniche de son frère et Romane le trouve très à son goût. Bref, il ne laisse aucune des jeunes femmes indifférentes. Et s’il y avait un lien caché entre Sohan et Guillaume, le propriétaire défunt de L'Intrépide ? Et si Sohan faisait bien plus que les amener à bon port ? Une histoire d’amitié forte face à l’adversité, et où le voyage devient un formidable outil de résilience. Laissez-vous embarquer par ce feel good riche en émotions et par la plume aussi douce que sensible de l’autrice.
ROMAN CONTEMPORAINFEEL-GOOD
Antiigone
1/27/20263 min read


Il suffit de quelques lignes pour sentir l’appel du large, même lorsqu’il s’agit d’un canal et d’une péniche. Avec « Un bruissement d’elles au fil de l’eau » aux éditions Ex-Aequo , Véronique Ribera m’a embarquée dans une aventure humaine qui commence comme une croisière légère entre amies, presque insouciante, avant de se transformer, au fil du courant et du temps, en une traversée bien plus intérieure, dense et chargée de sens. On monte à bord comme pour une escapade improvisée, sans trop savoir où l’on accoste, mais avec l’intuition que le voyage laissera des remous.
À bord de « L’Intrépide », elles sont quatre, liées par huit années d’amitié solide, du moins en apparence. Quand Adèle doit convoyer la péniche de son frère décédé sur le Canal des Deux Mers, Lilou, Romane et Noémie la rejoignent sans hésiter. Quinze jours de navigation, d’écluses à franchir et de kilomètres à laisser derrière soi. Très vite, le journal de bord devient bien plus qu’un simple carnet de route : c’est un espace où l’on jette l’ancre pour déposer ses fêlures, ses silences et ses tempêtes intérieures. La culpabilité d’Adèle affleure comme une eau sombre, Lilou lutte contre des courants contraires qui menacent de la faire chavirer, Noémie avance encore à vue après un combat éprouvant, tandis que Romane tente de maintenir le cap pour éviter que le groupe ne dérive.
Cette lecture m’a fait passer par tout un éventail d’émotions, comme une navigation soumise aux caprices du temps. J’ai souvent souri face à leurs échanges, à cette camaraderie qui éclabousse de spontanéité et de chaleur, avant de ressentir un poids plus lourd lorsque les non-dits remontent à la surface. Rien n’est lisse, rien n’est figé, et c’est précisément ce qui rend l’histoire aussi juste. On ressent la fatigue, les tensions, mais aussi la beauté de ces moments suspendus où l’eau semble tout apaiser, ne serait-ce qu’un instant.
Les personnages sont construits avec finesse et évoluent au rythme du fleuve. Chacune révèle peu à peu ce qui se cache sous la ligne de flottaison. Leur amitié, pourtant solide, est mise à rude épreuve par la promiscuité, les pannes, les imprévus et les escales forcées. L’arrivée de Sohan ajoute une vague supplémentaire à cet équilibre déjà fragile. Mystérieux, troublant, il ne laisse aucune des jeunes femmes indifférentes et soulève de nombreuses questions. Son lien possible avec Guillaume, le frère d’Adèle, plane comme un courant souterrain qui nourrit l’intrigue sans jamais la noyer.
L’histoire avance avec un rythme fluide, alternant zones calmes et passages plus agités. Véronique évite soigneusement les eaux trop balisées et refuse le long fleuve tranquille. Chaque incident technique, chaque écluse, chaque arrêt devient un miroir de ce que vivent les personnages. J’ai particulièrement apprécié le réalisme de la navigation fluviale, qui donne au récit une assise solide. Les manœuvres, les contraintes, les détails techniques sentent le vécu et les recherches approfondies, et cela ancre l’histoire dans un décor crédible, presque palpable.
La plume de l’autrice est à l’image de l’eau qui porte la péniche : douce en surface, mais capable de profondeur et de force. Elle aborde le deuil, la résilience et la reconstruction avec beaucoup de sensibilité, sans jamais verser dans l’excès. Chaque phrase semble suivre le courant naturel du récit, laissant la place aux silences, aux respirations et aux émotions qui affleurent lentement.
Au terme de cette traversée, « Un bruissement d’elles au fil de l’eau » m’a laissé une impression durable, comme un clapotis persistant contre la coque. Véronique Ribera signe un roman sur l’amitié qui soutient, qui secoue parfois, mais qui permet de continuer à avancer malgré les hauts-fonds. C’est un récit où le voyage devient un véritable outil de reconstruction, où chaque écluse franchie rapproche un peu plus les personnages d’elles·eux-mêmes.
Ce feel good, riche en émotions et en humanité, commence comme une escapade légère avant de prendre une profondeur inattendue. Une lecture que je te recommande vivement si tu aimes les histoires sincères, portées par des personnages attachant·e·s et une plume délicate, et qui continuent de murmurer longtemps après que le bateau a accosté.
Je tiens à remercier l'auteure pour l'envoi de son roman en service de presse et sa confiance.



