Toi, moi, eux et nous - Jocelyne Bacquet

Résumé : L'amour peut-il rester intact malgré le temps qui passe ? Eux, ce sont deux adolescents, des enfants même, qui vivent leurs premiers émois amoureux à coup de regards furtifs, de lettres secrètes et de rendez-vous timides. Nous, ce sont ces deux enfants qui se retrouvent trente-cinq ans plus tard, toujours aussi émus. Ils décident alors de saisir la chance qui leur est offerte de revivre cet amour qui ne les a jamais vraiment quittés. Mais la réalité du monde adulte les rattrape bientôt. D'une grande sensibilité, ce texte écrit à deux voix nous fait revivre la première passion adolescente et observe l'évolution de ce sentiment dans le temps, passant d'un amour idéal, isolé et absolu, à son inscription dans une réalité sociale où l'autre nous échappe. Un livre qui explore le bonheur, mais aussi les meurtrissures que peut causer l'amour.

AUTO-ÉDITIONROMAN CONTEMPORAIN

Antiigone

3/12/20263 min read

Visuel pour le roman "Toi, moi, eux et nous" de Jocelyne Bacquet
Visuel pour le roman "Toi, moi, eux et nous" de Jocelyne Bacquet

Et si certains amours refusaient de disparaître ? Voici mon avis sur « Toi, moi, eux et nous » de Jocelyne Bacquet, entre romance, roman contemporain et témoignage, en autoédition

Il y a des histoires qui ne se contentent pas de raconter une rencontre, mais qui interrogent ce que le temps fait aux sentiments et à celles et ceux qui les portent. « Toi, moi, eux et nous » fait partie de ces lectures qui viennent réveiller des souvenirs enfouis et poser des questions que l’on évite parfois de se formuler. J’y ai trouvé une réflexion sensible sur le premier amour, sur ce qu’il laisse en nous, et sur la manière dont il continue d’influencer nos choix bien après que l’adolescence est devenue un lointain souvenir.

Je découvre deux êtres qui, adolescent·e·s, vivent leurs premiers émois avec cette maladresse touchante propre à l’âge où tout est intense et fragile à la fois. Les regards qui brûlent sans oser se poser, les lettres chargées d’émotions, les rendez-vous hésitants composent un tableau d’une grande douceur. Puis le temps passe, la vie sépare, et trente-cinq ans plus tard, ces deux enfants devenus adultes se retrouvent. J’ai aimé la façon dont l’autrice reformule cette rencontre comme une seconde naissance du sentiment, à la fois familière et étrange, comme si l’amour n’avait jamais disparu, seulement changé de forme.

Pendant ma lecture, j’ai ressenti une palette d’émotions assez bouleversante, entre nostalgie, tendresse et une forme de mélancolie lumineuse. Le roman m’a rappelé combien les premiers amours laissent des traces durables, pas toujours visibles, mais bien présentes dans notre manière d’aimer, de croire, d’espérer. Certaines pages m’ont serré le cœur par leur justesse, d’autres m’ont enveloppée d’une douceur presque réconfortante, comme un souvenir qu’on n’ose pas trop regarder, mais qui fait du bien quand on s’y autorise.

Les personnages m’ont semblé profondément humains, avec leurs élans, leurs doutes et leurs maladresses d’adultes qui portent encore en eux l’enfant qu’ils ont été. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice mêle deux points de vue sur une même histoire d’amour, entre Elle et Lui, car cela donne une épaisseur émotionnelle très forte au récit. On comprend que l’amour n’est jamais vécu de manière parfaitement symétrique, même quand il est sincère. Les définitions personnelles de certains mots placées en ouverture de chaque partie apportent aussi une résonance particulière au texte, comme si chaque notion essentielle devenait un prisme à travers lequel relire l’histoire et les sentiments des personnages.

L’intrigue, sans jamais tomber dans le sensationnel, m’a tenue par sa tension émotionnelle plus que par ses rebondissements. La réalité du monde adulte s’impose peu à peu, avec ses compromis, ses contraintes, ses désillusions parfois, et j’ai trouvé très juste cette manière de montrer comment l’amour idéal de l’adolescence se confronte à une vie déjà construite, avec ses attaches et ses renoncements. Le dénouement, sans que j’en dévoile quoi que ce soit, m’a marquée par la réflexion qu’il propose et par la « morale » douce-amère qui s’en dégage. Je me suis reconnue dans les mots de l’autrice quand elle évoque ce premier amour qui façonne durablement notre regard sur le monde et sur nous-mêmes.

La plume de Jocelyne Bacquet est simple, sensible et profondément sincère. Elle ne cherche pas l’effet spectaculaire, mais touche par la justesse de ses émotions et par la délicatesse avec laquelle elle décrit les battements du cœur, les élans retenus et les silences chargés de sens. Cette écriture à deux voix m’a donné l’impression d’entrer dans l’intimité des personnages, de les écouter se raconter à voix basse leurs regrets, leurs espoirs et leurs rêves inachevés.

À la dernière page de « Toi, moi, eux et nous », j’ai eu l’impression d’avoir accompagné deux vies qui se croisent, se frôlent et se marquent à jamais, même quand elles s’éloignent. Ce roman m’a laissée avec cette sensation douce-amère que certains amours ne se vivent peut-être pas comme on l’aurait rêvé, mais qu’ils continuent malgré tout de nous construire, en profondeur, parfois à notre insu. J’ai refermé ce livre avec le sentiment d’avoir retrouvé une part de mon propre passé, ce premier battement de cœur qui influence encore ma manière d’aimer et de regarder la vie aujourd’hui. C’est une lecture sensible, humaine et pleine de justesse que je te recommande si tu as envie d’une histoire d’amour qui ne triche pas avec le temps qui passe et les chemins que chacun·e emprunte.