Paper Company - Paul Varichon

Résumé : Sur la moquette régulièrement shampouinée d’un salon, alors qu’ils échafaudent un dangereux canular, Didier et Jérémy sont frappés par une évidence : en 35 ans, ils n’ont rien accompli. Obsédés par leur série comique préférée, The Office, les deux amis vont se monter la tête et se lancer dans l’aventure la plus folle de leur vie : créer une entreprise de papier et la transformer en gagne-pain pour ne plus jamais retourner au salariat. Le problème ? Il ne leur reste qu’un mois de chômage pour y parvenir, passé la date du 4 septembre, ils devront se remettre en quête d’un job alimentaire. Sur fond de documentaire filmé par Priscilla, la petite sœur de Jérémy, les fondateurs de la Paper Company arpentent Saint-Marre-les-Fès avec de l’argent à tacos, une Laguna bleue et un vieux lubrique en peignoir rose. Si vous vous demandez, non, l’entrepreneuriat, ça n’est pas fait pour tout le monde.

ROMAN CONTEMPORAINAUTO-ÉDITIONL'AGENCE DE JULIEHUMOUR

Antiigone

1/6/20263 min read

Paper Company, la comédie de Paul Varichon, en autoédition.
Paper Company, la comédie de Paul Varichon, en autoédition.

Parfois, un roman arrive dans ma pile de lectures sans prévenir et me prend complètement à revers.

Le livre que je vais te présenter aujourd'hui fait partie de ceux qui m’ont surprise, fait rire à voix haute, mais aussi laissée un peu perplexe une fois la dernière page tournée. Entre comédie absurde, satire douce-amère du monde du travail et hommage assumé à la pop culture, cette lecture a provoqué chez moi des émotions contrastées, oscillant entre enthousiasme franc et frustration diffuse.

Autant te dire que j’ai pas mal de choses à te raconter sur cette expérience de lecture en demi-teinte !

J’ai découvert « Paper Company » de Paul Varichon, en autoédition, dans le cadre d’un service de presse, sans trop savoir à quoi m’attendre, si ce n’est une comédie un peu déjantée sur fond d’entrepreneuriat bancal. Dès les premières pages, le ton est donné et je me suis retrouvée plongée dans une aventure absurde, nerveuse et résolument pop, portée par deux trentenaires qui refusent de regarder en face le mot qui fait peur : l’échec.

Didier et Jérémy ont 35 ans, une passion dévorante pour « The Office » (si t’as pas la réf’, c’est une série US qui transforme l’ennui professionnel en terrain de jeu comique, adoptant la forme d’un faux documentaire qui suit le quotidien d’employé·es d’une entreprise on ne peut plus banale, spécialisée dans la vente de papier) et une urgence vitale à ne pas retourner au salariat. Il leur reste un mois de chômedu, une idée un peu stupide mais follement ambitieuse et une certitude glaçante : ils ont le sentiment de n’avoir encore rien accompli. Le tout est filmé façon faux documentaire par Priscilla, la sœur de Jérémy, ce qui donne au récit un rythme très visuel et une atmosphère de comédie quasi cinématographique.

Je dois le dire sans détour : j’ai beaucoup ri. Le roman est truffé de références à la pop culture, de situations absurdes, de dialogues qui font mouche et de personnages secondaires improbables, mention spéciale au vieux lubrique en peignoir rose qui semble tout droit sorti d’un sketch ! L’énergie du texte est communicative et j’ai pris un réel plaisir à suivre ce projet de la dernière chance, aussi voué à l’échec qu’attachant dans son obstination.

Pourtant, malgré ce plaisir de lecture, quelque chose m’a freinée émotionnellement. Les personnages, justement. Didier et Jérémy m’ont fait rire, mais je ne suis jamais vraiment parvenue à les connaître. À part quelques traits distinctifs, comme l’un qui affectionne davantage les couteaux et les arcs à poulie (et tout ce qu’on peut faire avec ! 🫣) que l’autre, ils m’ont semblé manquer de chair, de passé et même d’avenir. Je les ai observés agir sans réussir à m’y attacher, comme s’ils existaient uniquement dans l’instant comique, sans profondeur émotionnelle suffisante pour créer une véritable identification.

Cette absence de cadrage m’a parfois donné l’impression d’être catapultée au cœur d’une comédie rocambolesque sans préambule, sans temps d’installation, presque sans règles. Le récit avance à toute allure, enchaîne les situations parfois sans queue ni tête, et si cela fonctionne très bien sur le plan humoristique, j’aurais aimé un ancrage plus solide, un peu plus de matière humaine pour équilibrer la farce.

Côté écriture, la plume de Paul Varichon est efficace, vive et très visuelle. On sent un amour du rythme, du gag et de la mise en scène, au point que je me suis surprise à me dire à plusieurs reprises que « Paper Company » ferait sans doute un excellent film ou une série, peut-être même un mockumentary dans l’esprit de ses références assumées. En tant que roman, en revanche, il m’a manqué cette intimité propre à la littérature, ce supplément d’âme qui permet de rester longtemps avec les personnages après avoir refermé le livre.

En conclusion, « Paper Company » est une lecture drôle, originale et généreuse en clins d’œil culturels, qui m’a offert de vrais moments de rire et de divertissement. Malgré des personnages qui m’ont laissée à distance et un cadre parfois trop flou à mon goût, j’ai apprécié l’audace du projet et son énergie communicative. Un roman imparfait mais singulier, qui parlera sans doute à celleux qui aiment les comédies absurdes et les histoires de losers magnifiques, et qui mérite clairement d’être découvert pour ce qu’il propose, sans prétendre être autre chose.

Ceci est un service de presse lu dans le cadre de mon partenariat avec l’Agence de Julie. Je tiens à remercier l’auteur pour l’envoi de son roman et sa confiance.