L'île des femmes - Mona Azzam

Résumé : Aucune chaîne ne me retient sur cette île. Pourtant, chacune de ces femmes devient un maillon invisible qui m’entrave. Leurs histoires s’enroulent autour de moi, un peu plus chaque jour. Nul besoin de fers pour se sentir captive. De leur mémoire, je deviens la dépositaire. Une prisonnière consentante. La seule différence entre elles et moi ? Elles sont condamnées au silence. Moi, je leur tends la main. Je leur offre l’immortalité au-delà de leur dernier souffle. En transcrivant leurs vies, je leur rends la voix — une voix enfin audible, lisible. Une voix qui les libère. Dans ce roman choral, Mona Azzam nous emmène en Sicile, à la rencontre de femmes dont l’existence a été façonnée par la Cosa Nostra. Leurs récits résonnent encore, telles des îles en détresse qui ne demandent qu’à reprendre corps… et devenir cri. Et écrit.

EDITIONS EX AEQUOROMAN CONTEMPORAIN

Antiigone

5/28/20263 min read

Visuel pour la chronique du roman "L'île des femmes" de Mona Azzam, aux éditions Ex Aequo.
Visuel pour la chronique du roman "L'île des femmes" de Mona Azzam, aux éditions Ex Aequo.

Dès les premières pages de « L’île des femmes », Mona Azzam m’a embarquée dans un espace à la fois brumeux et magnétique, une île dont on ne saisit ni vraiment les contours ni les règles. J’ai avancé à tâtons, intriguée, presque déroutée, avec cette impression d’être moi aussi une étrangère débarquée là sans repères. Et pourtant, très vite, quelque chose m’a retenue. Comme la narratrice, je me suis laissée happer par ces voix de Femmes qui réclament d’exister. C’est un roman choral paru en 2026 aux éditions Ex Aequo.

Au début, je dois bien te l’avouer, j’ai été un peu désorientée. On ne sait rien ou presque de celle qui recueille ces témoignages. Son passé, ses motivations, la raison même de sa présence sur cette île restent flous. Et puis, cette idée de femmes vivant isolées, presque hors du monde, m’a semblé improbable, comme suspendue entre réalité et symbolisme.

Je m’attendais presque à une ambiance irréelle, presque musicale, à la manière de « Canary Bay », la chanson d’Indochine, ou d’une île maudite pleine de légendes. Mais peu à peu, le voile se lève, et ce flou initial devient une force narrative.

Car ce roman est avant tout une rencontre. Une succession de récits qui s’entrelacent, portés par des femmes marquées dans leur chair et leur histoire par l’ombre de la Cosa Nostra. J’ai d’ailleurs appris ce que c’était ! Chacune livre une part d’elle-même, un fragment de vie souvent bouleversant, parfois révoltant, la raison de sa présence sur cette île. Et moi, en tant que lectrice, je n’ai pas pu rester indifférente. Certaines confidences m’ont profondément indignée, tant elles résonnent avec une réalité brutale, crue, tristement crédible !

Ce que j’ai ressenti au fil des pages est difficile à résumer en un seul mot. Il y a eu de la colère, bien sûr, face aux injustices subies. Mais aussi une forme d’admiration immense pour ces femmes, leur résilience, leur capacité à survivre malgré tout. Et surtout, une émotion persistante, presque sourde, qui m’a accompagnée jusqu’à la dernière page. J’avais l’impression de porter leurs histoires avec moi, comme la narratrice elle-même.

Les personnages sont le cœur battant de ce roman. Elles ne sont pas de simples figures, mais des voix incarnées, vibrantes, chacune avec sa singularité, ses blessures, ses espoirs enfouis. Même si la narratrice reste en retrait, presque effacée, son rôle est essentiel : elle devient le lien, la passeuse, celle qui recueille et transmet. J’ai trouvé cette dynamique particulièrement forte, car elle met en lumière celles qu’on réduit trop souvent au silence.

L’intrigue, quant à elle, se construit de manière fragmentée, presque comme une mosaïque. Il n’y a pas de tension classique au sens habituel, mais plutôt une montée progressive en intensité émotionnelle. Chaque témoignage ajoute une pierre à l’édifice, jusqu’à former un ensemble cohérent, puissant, profondément humain. Ce n’est pas un roman que l’on lit pour “savoir ce qu’il va se passer”, mais pour comprendre, ressentir, écouter.

La plume de Mona Azzam est à la fois délicate et percutante. Elle sait manier les mots avec justesse, sans jamais tomber dans le pathos. Son écriture donne une véritable place à ces voix féminines, les rend audibles, palpables. J’ai particulièrement apprécié cette capacité à créer une atmosphère à la fois intime et universelle, où chaque récit individuel devient un écho collectif.

Pour conclure, ce roman s’impose finalement comme un hommage vibrant aux femmes. À celles qu’on n’entend pas, à celles qu’on oublie, à celles qui continuent malgré tout. Une lecture qui bouscule, qui questionne, mais qui, surtout, donne à entendre des voix essentielles. Si tu cherches une histoire qui sort des sentiers battus et qui laisse une empreinte durable, cette île-là mérite que tu t’y arrêtes… et que tu écoutes ce qu’elle a à te murmurer !

Je tiens à remercier la maison d'édition Ex Aequo pour ce service de presse dans le cadre de notre partenariat !