Le fils dévoré - Patrick Lamm

Résumé : En se rendant aux obsèques de son oncle, Fabrice Keller ne se doute pas du choc qu’il s’apprête à recevoir. Sur la stèle du caveau familial, il découvre que sa mère, qu’il ne voit plus depuis longtemps, mais avec qui il correspond régulièrement par écrit, est morte en réalité depuis vingt-cinq ans. Au cours d’une nuit d’insomnie, il tente de percer ce mystère en revisitant sa vie. Sa jeunesse heureuse à Toulouse auprès de ses grands-parents, l’enfer de la guerre entre ses parents, dont il devient un acteur malgré lui, et ses amours contrariés. Il se livre à une introspection qui le conduit à affronter les zones d’ombre de sa personnalité et le met face à ses responsabilités dans la découverte aussi tardive de la mort de sa mère.

ROMAN CONTEMPORAINMASSE CRITIQUE BABELIO

Antiigone

2/10/20263 min read

Montage visuel pour le livre "Le fils dévoré" de Patrick Lamm, aux édition L'Harmattn.
Montage visuel pour le livre "Le fils dévoré" de Patrick Lamm, aux édition L'Harmattn.

Parfois, une simple inscription gravée dans la pierre suffit à faire voler en éclats toute une vie. « Le fils dévoré » n’est pas seulement l’histoire d’un homme confronté à une révélation vertigineuse lors d’un enterrement, c’est avant tout le récit d’un lent effondrement intérieur, nourri par les silences, les mensonges et les failles familiales. Dans ce roman contemporain publié aux éditions L’Harmattan, Patrick Lamm explore avec finesse la manière dont les liens familiaux peuvent façonner, mais aussi emprisonner, celles et ceux qui y sont pris. Une lecture troublante et profondément humaine, qui m’a happée dès ses premières pages et m’a invitée à interroger la place que l’on accorde aux absences et aux non-dits dans nos propres histoires.

L’histoire s’ouvre sur un choc brutal. En se rendant aux obsèques de son oncle, Fabrice Keller découvre que sa mère, avec qui il entretient une correspondance régulière, est en réalité décédée depuis vingt-cinq ans. À partir de cette révélation vertigineuse, le récit bascule dans une nuit d’insomnie où le protagoniste revisite son passé pour tenter de comprendre comment une telle illusion a pu perdurer aussi longtemps. Entre une enfance toulousaine auprès de grands-parents aimants, la guerre larvée entre ses parents et ses propres échecs affectifs, Fabrice se livre à une introspection aussi douloureuse que nécessaire.

Ma lecture a été traversée par un sentiment de malaise diffus, presque inconfortable, mais aussi par une forme de tendresse pour ce personnage perdu dans les méandres de sa mémoire. Ce roman m’a souvent serré le cœur, tant il met en lumière la violence feutrée des relations familiales et la solitude qui peut naître au sein même de celles-ci. Le lecteur avance avec Fabrice dans ses souvenirs comme dans une maison aux pièces mal éclairées, conscient que certaines portes auraient peut-être dû rester fermées, mais incapable de détourner le regard.

Fabrice Keller est un personnage profondément humain, imparfait et parfois agaçant, mais toujours crédible. Son incapacité à voir certaines évidences, notamment concernant sa mère, m’a parfois frustrée, même si j’avais deviné le dénouement bien avant la fin. Cette prévisibilité n’a toutefois pas gâché mon plaisir de lecture, car l’essentiel ne réside pas tant dans la révélation finale que dans le cheminement psychologique qui y mène. Les figures parentales, absentes ou toxiques, sont esquissées avec justesse et participent à dresser le portrait d’une famille française dysfonctionnelle, tristement proche de la réalité.

L’intrigue avance lentement, portée davantage par l’analyse intérieure que par l’action. Patrick Lamm ne cherche pas le suspense à tout prix, mais préfère disséquer les mécanismes de la mémoire, de la culpabilité et du déni. Sans jamais tout dévoiler, le roman interroge la responsabilité individuelle face aux silences que l’on accepte, parfois par confort, parfois par peur.

Toutefois, la plume de l’auteur m’a laissée partagée. J’ai trouvé l’écriture globalement efficace et maîtrisée, même si certains passages m’ont semblé trop simples, presque bruts, en contraste avec d’autres moments beaucoup plus poétiques et sensibles. Ce décalage peut surprendre, mais il reflète aussi les tourments intérieurs du narrateur, oscillant entre lucidité sèche et élans émotionnels plus profonds.

La lecture de « Le fils dévoré » m’a donné le sentiment d’assister à une lente mise à nu, celle d’un homme qui réalise trop tard que les silences qu’il a acceptés ont façonné toute son existence. À travers le parcours de Fabrice Keller, Patrick Lamm interroge avec justesse la place que l’on accorde à la famille, même lorsqu’elle nous blesse, et la manière dont les non-dits peuvent devenir des refuges aussi dangereux que confortables.

Ce roman, profondément humain, dresse le portrait d’une famille dysfonctionnelle dans laquelle chacun tente de survivre à sa façon, parfois au détriment de la vérité. Malgré un dénouement que j’avais anticipé, j’ai été touchée par la sincérité du récit et par les questions qu’il soulève sur la responsabilité, la mémoire et l’amour filial. Un texte qui invite à regarder en face ce que l’on préfère souvent taire et qui mérite d’être découvert pour la force de son propos autant que pour son regard lucide sur les liens familiaux.