Le banc - Géraldine Smith

Résumé : Chaque jour, à la résidence des Merles bleus, Georges, 95 ans, Marcel, de six ans son cadet, et Jean-Marc, fraîchement retraité, se retrouvent sur leur banc. Ensemble, ils devisent sur le monde qui passe... et celui qui s’efface. Un matin, Georges est retrouvé mort au fond de son lit, dans des circonstances suspectes. Qui aurait pu vouloir la peau du nonagénaire ? Isabelle et Paul, ses enfants ? Mariola, son auxiliaire de vie ? Chantal, qui lui faisait la lecture... et les poches ? Alain, le « shérif » de l’immeuble ? Ou Abdel, le gérant de la baraque à frites ? Avec une immense tendresse pour ses personnages, Géraldine Smith signe un roman policier aussi léger que subtil. Car sous les pas de l’inspecteur Moussa Mballo, une vérité se dessine : le très grand âge cache parfois une jeunesse intacte, simplement rangée dans la cave des souvenirs.

ROMAN CONTEMPORAINMASSE CRITIQUE BABELIOCOUP DE CŒUR

Antiigone

2/24/20263 min read

Montage visuel pour "Le Banc", le dernier roman de Géraldine Smith chez Albin Michel.
Montage visuel pour "Le Banc", le dernier roman de Géraldine Smith chez Albin Michel.

Voici un premier coup de cœur ❤️‍🔥 de l’année, de ceux qui s’installent dans mes pensées dès le matin et m’attendent sagement jusqu’au soir, comme un rendez-vous précieux ! Un banc, trois hommes et toute une vie qui défile… savamment écrit par Géraldine Smith chez Albin Michel.

À la résidence des Merles bleus, il y a un banc. Un simple banc, mais qui devient un refuge, un observatoire du monde et un écrin de confidences. Chaque jour, Georges, 95 ans, Marcel, à peine plus jeune, et Jean-Marc, tout juste retraité, s’y retrouvent pour regarder la vie passer… et parfois repasser. Jusqu’au matin où Georges est retrouvé mort dans son lit, dans des circonstances troublantes. À partir de là, le roman bascule doucement vers l’enquête policière, sans jamais perdre ce qui fait son cœur : l’humanité de ses personnages et la tendresse du regard posé sur eux.

Dès les premières pages, j’ai été happée par cette atmosphère à la fois chaleureuse et mélancolique. J’ai aimé cette idée toute simple, presque feel-good, de personnes âgées qui se retrouvent chaque jour pour parler de leurs souvenirs, de leurs petites habitudes, de leurs espoirs encore vivaces. Et puis, sans brutalité, l’autrice introduit le doute, la mort, la suspicion. Qui aurait pu vouloir la peau de Georges ?

Les pistes se multiplient, mais jamais de façon pesante. L’enquête avance au rythme des pas de l’inspecteur Moussa Mballo, enquêteur atypique, fantasque, profondément humain, que je me suis surprise à attendre avec impatience à chaque apparition.

Ce roman m’a fait ressentir une foule d’émotions. J’ai souri souvent, j’ai été touchée profondément, et parfois j’ai senti ma gorge se serrer. Géraldine Smith parle du vieillissement, de la vieillesse, du temps qui passe et de celui qu’on porte en soi, même quand le corps ralentit. Elle évoque le passé, le présent, le futur et la fin de vie avec une justesse désarmante, sans pathos inutile, mais avec une sincérité qui va droit au cœur. Ce sont des sujets qui me touchent de plein fouet, et j’ai trouvé ici une manière douce et intelligente de les aborder.

Les personnages sont l’une des grandes forces du roman. Georges, Marcel et Jean-Marc existent pleinement, avec leurs failles, leurs souvenirs, leurs silences et leurs élans. Ils ne sont jamais réduits à leur âge. Autour d’eux gravite toute une galerie de personnages secondaires, chacun·e avec sa part d’ombre et de lumière, qui enrichit le récit sans l’alourdir. Même les soupçons deviennent des prétextes pour explorer des trajectoires de vie, des solitudes et des attachements !

L’intrigue policière, sans tout dévoiler, sert avant tout de fil conducteur. Elle est légère, subtile, presque secondaire parfois, mais toujours bien menée. Ce n’est pas tant le « qui » qui compte que le « pourquoi », et surtout ce que cette mort révèle chez celles et ceux qui restent. Peu à peu, une vérité se dessine : le très grand âge peut cacher une jeunesse intacte, soigneusement rangée dans la cave des souvenirs, prête à ressurgir.

La plume de Géraldine Smith est fluide, agréable à lire, et d’une grande douceur. Les chapitres s’enchaînent naturellement, et je me suis surprise à penser au roman pendant mes journées de travail, impatiente de m’y replonger le soir venu. C’est une écriture qui prend le temps, qui observe, qui écoute, et qui fait du bien sans être naïve.

Au bout de ce banc, j’ai eu l’impression de m’asseoir moi aussi aux côtés de Georges, Marcel et Jean-Marc, d’écouter leurs silences autant que leurs mots, et de regarder le monde défiler avec eux. "Le banc" est bien plus qu’un roman : c’est une ode à la vieillesse vivante, à la mémoire qui résiste et aux liens qui se tissent là où on ne les attend pas. L’autrice signe un texte tendre, lumineux et profondément humain, qui interroge notre rapport au temps et à la fin de vie sans jamais perdre sa douceur. Un livre qui m’a accompagnée bien au-delà de ses pages, qui m’a émue sincèrement, et que je te conseille les yeux fermés. Un premier coup de cœur de l’année, évident et précieux, à découvrir absolument !