La comptine oubliée - Joanie Frigau

Résumé : Une maison. Trois époques. Une comptine qui ne veut pas mourir. Quand la famille Franiet emménage dans une demeure ancienne, Tina croit offrir un nouveau départ à ses enfants. Mais dès les premiers jours, les murs semblent murmurer. Des voix résonnent la nuit. Une comptine oubliée s’invite dans leurs rêves… ou dans leurs cauchemars. 1621 Un père acculé par la famine commet l’impensable. 1887 Une femme enceinte entend des rires dans une maison vide. 1995 Les Franiet découvrent qu’ils ne sont pas seuls. Trois époques. Une même maison. Un secret transmis à voix basse. Et des enfants qui se souviennent de ce qu’ils n’ont jamais vécu. La Comptine oubliée est un roman d’horreur psychologique et surnaturelle qui mêle drame familial, mémoire des lieux et frissons glaçants. Pour les lecteurs qui aiment l’atmosphère troublante de Shining, Les Autres ou L’Orphelinat. Oserez-vous entrer à Lavandia ?

AUTO-ÉDITIONHORREURTHRILLER

Antiigone

12/25/20253 min read

"La comptine oubliée" de Joanie Frigau, montage visuel pour la chronique littéraire de Wendy Baqué.
"La comptine oubliée" de Joanie Frigau, montage visuel pour la chronique littéraire de Wendy Baqué.

Je me suis glissée dans « La comptine oubliée » comme on franchit le seuil d’une vieille maison un soir de Noël, la neige aux fenêtres et une inquiétude diffuse tapie dans les ombres. Sauf que là, on n’est pas trop à Noël, dans ce récit. C’est plutôt une lecture d’Halloween pour frissonner, mais j’aime les anachronismes !

Joanie Frigau m’a entraînée dans un thriller fantastique et horrifique où chaque époque laisse une empreinte sourde, comme si les murs retenaient leur souffle en attendant de murmurer à nouveau. Le roman mêle famille, passé trouble et surnaturel, et cette combinaison m’a happée avec une intensité inattendue.

Je reformule ici l’intrigue telle que je l’ai ressentie : une maison qui perdure, trois époques qui la hantent et une comptine qui persiste à se faufiler dans les rêves de celleux qui l’habitent. La famille Franiet, en 1995, pense s’offrir un nouveau départ en s’installant à Lavandia, mais Tina découvre vite que cette demeure ancienne n’a rien d’accueillant. Les nuits bruissent de voix étouffées, les enfants semblent écouter des choses que personne ne dit, et cette mélodie venue d’un autre temps, douce comme un chant enfantin, glaçante comme un souffle dans la nuque, s’impose peu à peu dans leur quotidien.

Ma lecture a été un véritable tourbillon émotionnel. J’ai frissonné plus d’une fois, d’un frisson pur (celui que tu ressens lorsqu’une maison silencieuse craque trop fort la veille de Noël et que tu te demandes si tu es vraiment seul·e). Certaines scènes, plongées dans une atmosphère de froid humide et de murmures d’enfants, m’ont rappelé ces contes d’hiver qu’on ne raconte qu’à la lueur du sapin, quand les ombres se balancent juste assez pour qu’on doute de tout. J’ai parfois été déroutée par les changements d’époque, car les transitions sont nombreuses et rapides, mais cette impression de désorientation participe presque à la sensation d’être prise au piège du lieu, comme si Lavandia, elle aussi, mélangeait volontairement les lignes du temps pour troubler celleux qui la traversent.

Les personnages portent cette histoire avec une justesse remarquable. Tina, en particulier, m’a touchée dans sa volonté désespérée d’offrir une vie plus douce à ses enfants, tout en luttant contre un passé qui n’est pas le sien. Sa fragilité fait écho à celle de toutes ces mères de fiction qui affrontent l’invisible (et la charge mentale !) pour protéger leur foyer. Les enfants, quant à elleux, sont inquiétant·es, sensibles, poreux·ses à l’inexplicable de manière presque organique. Les figures de des autres époques de la demeure viennent compléter ce tableau en apportant une dimension tragique : on comprend que la maison est un théâtre ancien et que chaque époque rejoue une variation de la même tragédie, comme une comptine qu’on transmet sans s’en rendre compte.

L’intrigue se construit avec minutie, révélant ses horreurs par touches successives sans jamais basculer dans la surenchère ou le gore à l’excès. La maison agit comme un personnage à part entière, tyrannique et vorace, rappelant ces films d’hiver où une demeure isolée semble attendre patiemment que la neige étouffe les cris. L’autrice joue habilement de la temporalité, même si j’aurais aimé, par moments, un fil plus clair pour suivre chaque période sans me perdre. Malgré cela, le roman m’a tenue en haleine du début à la fin, grâce à ses révélations distillées avec une précision presque musicale.

La plume de Joanie Frigau se distingue par son intensité sensorielle. Elle excelle à décrire les ambiances : un couloir trop sombre, un souffle qu’on croit sentir sur la peau, un rire d’enfant qui glisse sous une porte fermée, un parfum de cire froide qui n’a rien de rassurant. Sa façon d’assembler les émotions et les images contribue grandement à l’effet d’immersion. J’ai retrouvé cette esthétique du huis clos hanté qui évoque des œuvres comme « Misery » ou « L’Orphelinat », mais avec une teinte plus crue, presque charnelle, héritée des drames familiaux.

Pour conclure, je me suis dit que c’était exactement le genre de lecture parfaite pour un 25 décembre : l’atmosphère feutrée des fêtes, les lumières du sapin, et sur les pages, une maison qui n’attend qu’un lecteur ou une lectrice pour ressortir sa comptine maudite. C’est un roman glaçant, puissant, soigneusement construit, qui saura plaire à celleux qui aiment les récits où le passé refuse obstinément de mourir. Si tu cherches un frisson hivernal, le genre de frisson qui transforme les chants de Noël en murmures inquiétants, tu trouveras à Lavandia bien plus qu’une simple histoire : une expérience à vivre.