La Caméléone - Nicole Provence
Résumé : Une femme caméléon, c'est une femme qui se transforme aux yeux des autres. Elle ne ment pas : elle s’adapte. Elle observe, comprend, ajuste ses couleurs pour survivre dans un monde qui tolère mal les femmes trop libres, trop franches, trop elles-mêmes. Claudine a appris l’art de la métamorphose. Elle endosse une autre peau quand les regards deviennent soupçonneux, quand il faut avancer sans bruit. Derrière ses silences et ses de-mi-teintes, elle poursuit son chemin, soutenue par deux mystérieuses présences avec les-quelles elle dialogue en secret. Épouse d’un gendarme à une époque où la misogynie s’affiche sans détour, elle traverse un univers d’hommes, de règles tacites et de jugements rapides. Pour tenir, elle se transforme. Pour exister, elle dissimule. Mais au cœur de ses mues successives brûle une certitude : ne pas se perdre. Car on peut changer d’apparence sans renoncer à son identité. Vécu ou fiction ? Dans cette histoire, l’autrice, en ne clarifiant volontairement pas ce qui est autobiographique ou imaginaire, laisse le lecteur se faire sa propre opinion.
EDITIONS EX AEQUOROMAN CONTEMPORAIN
Antiigone
6/30/20263 min read


Se fondre dans le décor, modifier ses nuances, devenir celle que les autres attendent… et pourtant ne jamais cesser d’être soi. « La caméléone » de Nicole Provence, publié aux Éditions Ex Aequo, m’a entraînée dans une danse subtile entre adaptation et identité, au cœur d’un monde où exister pleinement en tant que femme relève parfois du défi silencieux.
Entre métamorphoses et résistances intimes, ce roman explore avec finesse ce que l’on choisit de montrer… et ce que l’on protège à tout prix.
Je découvre ici une autrice au parcours riche : née en 1948 à Châtellerault, Nicole Provence a toujours nourri une passion pour l’écriture et la lecture.
Après une première reconnaissance grâce à une nouvelle policière retenue par France Loisirs, elle n’a cessé d’explorer différents genres, du polar au roman jeunesse, en passant par des récits plus ancrés dans le réel. Cette diversité se ressent dans sa manière de construire ses histoires, avec une sensibilité particulière pour les trajectoires humaines.
Dans ce roman, j’ai fait la rencontre de sa narratrice, Claudine, une femme qui n’a pas appris à mentir, mais à s’adapter. Dans un monde où être soi-même peut coûter cher, elle change de teinte selon les circonstances, ajuste ses réactions, module sa présence. Mariée à un gendarme, elle évolue dans un univers profondément masculin, marqué par des règles implicites et une misogynie parfois brutale. Pour avancer, elle se transforme. Pour se protéger, elle se tait. Mais derrière ces métamorphoses successives, une question persiste : jusqu’où peut-on changer sans se perdre ? Et tandis qu’elle chemine, deux voix mystérieuses l’accompagnent, comme les échos d’une conscience fragmentée. Entre Elle et Moi, les querelles font rage dans une tête déjà bien remplie par le quotidien !
Ma lecture a été teintée d’une réelle curiosité et d’un intérêt sincère, notamment pour tout l’aspect historique et social du roman. J’ai beaucoup appris sur la condition des femmes de gendarmes, des années 60 à aujourd’hui, sur ces existences en retrait, souvent contraintes de se plier aux exigences d’un système rigide. Il y a quelque chose de profondément instructif dans ce regard posé sur ces vies discrètes mais essentielles.
Pourtant, je ne te cache pas que mon immersion a parfois été freinée. Le récit repose en grande partie sur la narration et les réflexions intérieures de Claudine, ce qui installe une atmosphère introspective très marquée. Si cela renforce la dimension psychologique du texte, j’ai aussi ressenti quelques longueurs, notamment lorsque les dialogues, même ceux entre les deux facettes de sa conscience, restent ancrés dans cette même dynamique intérieure. J’aurais aimé davantage de variations, peut-être un peu plus d’interactions extérieures pour rythmer l’ensemble.
Claudine est un personnage complexe, façonné par les attentes des autres autant que par ses propres mécanismes de défense. J’ai apprécié suivre son évolution, comprendre ses choix, même lorsque ceux-ci m’ont parfois tenue à distance émotionnellement. Elle incarne une forme de résilience silencieuse, une lutte constante pour préserver une identité qui menace de se diluer.
L’intrigue, quant à elle, avance à pas feutrés. Il ne s’agit pas ici d’une succession d’événements marquants, mais plutôt d’un cheminement intérieur, d’une exploration de soi à travers les contraintes imposées par la société. Le flou volontaire entre fiction et vécu ajoute une dimension intrigante : je me suis surprise à m’interroger, à chercher des indices, sans jamais obtenir de réponse définitive et c’est sans doute là toute la force du roman !
La plume de Nicole Provence, découverte dans un tout autre genre littéraire avec le thriller « Le gourou des Terres Froides » est douce, réfléchie, presque méditative. Elle prend le temps de poser les émotions, d’installer les pensées, de laisser respirer les silences. Cette écriture contemplative ne plaira pas à tout le monde, mais elle correspond parfaitement à l’intention du récit : celle de nous faire entrer dans l’esprit d’une femme qui observe avant d’agir.
Ce roman est une traversée discrète mais signifiante, une immersion dans les nuances d’une identité façonnée par le regard des autres. Malgré quelques lenteurs qui ont ponctué ma lecture, je retiens la richesse du propos et la finesse du regard porté sur ces femmes qui, pour exister, ont dû apprendre à se transformer. Si tu es sensible aux récits introspectifs et aux portraits de femmes en quête d’équilibre entre adaptation et affirmation de soi, « La caméléone » pourrait bien te laisser une empreinte subtile… mais persistante !
Je tiens à remercier la maison d'édition Ex Aequo pour ce service de presse dans le cadre de notre partenariat !



