Et jamais ne reviens - Raphaël Monégier
Résumé : "Voyage, voyage... Et jamais ne reviens..." La chanson tourne en boucle dans l'autoradio. Camille fredonne. Lucas conduit. Théo philosophe sur le sens caché des paroles. Dans une heure, ils comprendront. Quand leur voiture tombe en panne sur une route isolée de Castagniccia, ce qui devait être une escapade intellectuelle dans la montagne corse devient un cauchemar. La camionnette blanche apparaît dans le rétroviseur. Les phares percent la nuit. C'est déjà trop tard. La chasse a commencé. Les voyages forment-ils vraiment la jeunesse ? Et jamais ne reviens est le premier roman incisif et brillant de Raphaël Monégier.
ROMAN CONTEMPORAINMASSE CRITIQUE BABELIOTHRILLER
Antiigone
4/3/20263 min read


Je referme « Et jamais ne reviens » avec encore cette sensation d’oppression qui m’a accompagnée tout au long de ma lecture. Ce premier roman de Raphaël Monégier, aux éditions Buchet Chastel, m’a happée dès les premières pages, au point que je l’ai littéralement dévoré en un week-end, incapable de m’en détacher.
L’histoire nous entraîne aux côtés de Camille, Lucas et Théo, trois amis partis pour une escapade en Corse, entre réflexions intellectuelles et paysages sauvages, avec Desireless en bande-son. Mais leur voyage bascule brutalement lorsque leur voiture tombe en panne sur une route isolée. Très vite, une présence inquiétante s’impose, une menace qui se précise dans l’ombre des montagnes corses. Ce qui devait être une parenthèse devient une traque impitoyable, un engrenage dont ils ne semblent plus pouvoir s’échapper !
Pendant ma lecture, j’ai ressenti une tension constante, presque suffocante, quasiment oppressante. L’atmosphère est lourde, glaçante, et m’a tenue en haleine du début à la fin. Je me suis surprise à ressentir une forme d’angoisse diffuse, renforcée par ce sentiment d’isolement total. L’auteur joue habilement avec nos nerfs et parvient à créer un véritable huis clos à ciel ouvert, où chaque bruit, chaque silence devient suspect.
Les personnages, quant à eux, m’ont semblé crédibles et humains dans leurs réactions. Face à la peur, leurs personnalités se dévoilent, évoluent, parfois se fissurent. J’ai particulièrement apprécié la manière dont leurs dynamiques changent sous la pression, rendant leurs interactions encore plus intenses et réalistes.
L’intrigue est menée avec efficacité, sans temps mort. J’ai été déroutée à plusieurs reprises, ne sachant jamais vraiment à quoi m’attendre. Le récit soulève aussi des questions troublantes sur la Corse, ses traditions et son identité. J’ai parfois eu l’impression d’être face à une vision volontairement caricaturale et carrément cliché à la sauce « L’Enquête Corse » (oui, le film avec Jean Reno), presque dérangeante, au point de m’interroger sur la part de réalité derrière ces représentations. Ce flou entre fiction et possible vérité ajoute une dimension supplémentaire au roman, même s’il peut aussi déstabiliser.
Au-delà du simple thriller, cette lecture m’a aussi amenée à réfléchir à la notion d’appartenance. À travers cette confrontation brutale entre « ceux du dedans » et « ceux du dehors », je me suis interrogée sur ce qui définit un groupe, une identité collective, et sur la manière dont elle peut parfois se transformer en rejet, voire en violence. Le roman met en lumière une forme de patriotisme exacerbé qui questionne : jusqu’où peut-on aller pour défendre un territoire, une culture, une identité ? Cette dimension sociologique m’a particulièrement marquée, car elle donne au récit une portée bien plus large qu’un simple jeu de survie.
La plume de l’auteur est directe, incisive, parfaitement adaptée au genre. Elle va à l’essentiel tout en installant une ambiance oppressante qui ne nous lâche jamais. Les descriptions, sans être excessives, suffisent à nous immerger complètement dans ce décor aussi sublime qu’hostile.
Ce thriller ne se contente pas de raconter une chasse à l’homme haletante, il dérange, questionne et laisse une empreinte durable. Entre tension extrême et réflexion sur l’identité et l’appartenance, Et jamais ne reviens s’impose comme une lecture aussi prenante que troublante, capable de te faire frissonner tout en t’obligeant à regarder au-delà du simple divertissement !
Je tiens à remercier Babelio et les éditions Buchet Chastel pour l’envoi de ce livre et leur confiance.



