Des femmes sans bouche - Maud Jan-Ailleret

Résumé : À quarante-deux ans, Camille pense avoir verrouillé sa vie comme elle soigne ses patientes : avec précision et détachement. Gynécologue obstétricienne dévouée, elle aide les autres femmes à donner la vie tout en gardant la sienne à distance raisonnable du chaos. Mais lorsque Henri, las d'attendre un engagement qui ne vient pas, la quitte brutalement, sa carapace se fissure. Pourquoi l'idée de devenir mère la paralyse-t-elle autant ? Camille se lance alors dans une quête vertigineuse : démêler les secrets et les traumatismes qui se transmettent de mère en fille dans sa famille. De Belle-Île-en-Mer aux rives du Mékong, en passant par les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, Camille tisse un fil qui la mènera bien plus loin qu'elle ne l'imaginait. Des femmes sans bouche est une fresque familiale bouleversante sur la transmission et la résilience, qui nous rappelle que, pour avancer, il faut parfois oser regarder en arrière – et, surtout, se parler.

ROMAN CONTEMPORAINMASSE CRITIQUE BABELIO

Antiigone

9/24/20264 min read

Visuel pour la chronique du roman "Des femmes sans bouche" de Maud Jan-Ailleret, rentrée littéraire 2026.
Visuel pour la chronique du roman "Des femmes sans bouche" de Maud Jan-Ailleret, rentrée littéraire 2026.

Et si certains de nos silences ne nous appartenaient pas vraiment ? Et si, derrière nos peurs, nos choix ou nos blocages, se cachaient des histoires que nous n'avons jamais vécues, mais qui continuent pourtant de résonner en nous ? C'est avec ces questions en tête que je me suis plongée dans « Des femmes sans bouche » le dernier roman contemporain de Maud Jan-Ailleret, publié aux éditions HarperCollins, dans la collection Traversée, pour cette rentrée littéraire 2026 et reçu dans le cadre d'une Masse Critique de Babelio. Une lecture qui m'a profondément touchée par les thématiques qu'elle explore et par cette façon de nous interroger sur ce que nous héritons de notre famille, parfois sans même en avoir conscience.

De quoi ça parle ? À quarante-deux ans, Camille semble avoir parfaitement organisé son existence. Gynécologue obstétricienne, elle accompagne ses patientes dans l'un des moments les plus bouleversants de leur vie : celui où un enfant vient au monde. Pourtant, lorsqu'il s'agit de sa propre existence, Camille préfère garder le chaos à distance. Elle maîtrise, elle contrôle, elle observe… jusqu'au jour où Henri, lassé d'attendre un engagement qu'elle ne parvient pas à lui donner, décide de partir.

Cette rupture vient fissurer les certitudes derrière lesquelles Camille s'était protégée. Pourquoi l'idée de devenir mère lui fait-elle aussi peur ? Pourquoi cette perspective déclenche-t-elle en elle un tel besoin de fuite ? Pour comprendre ce qui se joue en elle, Camille va devoir remonter le fil de son histoire familiale et partir à la recherche de secrets, de blessures et de non-dits qui se transmettent de génération en génération. De Belle-Île-en-Mer aux rives du Mékong, en passant par les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, son enquête intime va peu à peu révéler une histoire familiale bien plus vaste qu'elle ne l'imaginait.

J'ai beaucoup aimé cette lecture, et surtout les thématiques qu'elle aborde. La psychogénéalogie occupe une place importante dans le récit et j'ai trouvé particulièrement intéressante la manière dont Maud Jan-Ailleret met en scène et explique la transmission des traumatismes entre les générations. Sans transformer son roman en ouvrage théorique, l'autrice parvient à rendre accessibles des notions qui peuvent parfois sembler complexes, tout en les intégrant naturellement à l'histoire de Camille.

Le poids des secrets de famille et des non-dits m'a également beaucoup parlé ! Ces choses que l'on tait, les événements que l'on préfère oublier, les blessures que l'on ne raconte pas peuvent continuer à influencer les générations suivantes. « Des femmes sans bouche » explore justement cette idée avec beaucoup de sensibilité : parfois, comprendre ce qui nous habite nécessite de regarder ce qui s'est joué avant nous.

Cette dimension a particulièrement résonné en moi. Je me suis reconnue dans le vécu de Camille, dans cette sensation d'appartenir à une lignée familiale porteuse de ses propres secrets et de constater que certaines blessures peuvent avoir des répercussions sur notre manière de vivre, d'aimer ou de nous construire. Peut-être est-ce aussi parce que j'ai moi-même entrepris ce travail cathartique et essentiel consistant à regarder mon histoire familiale autrement. Forcément, certaines réflexions de Camille ont donc trouvé un écho très personnel en moi !

J'ai d'ailleurs ressenti beaucoup d'émotions au fil des pages. J'ai été touchée par les découvertes de Camille, par ce qu'elle comprend progressivement de son histoire et par les liens qu'elle tisse entre son présent et les générations qui l'ont précédée. J'ai parfois eu envie de la secouer lorsqu'elle ne voyait pas certaines évidences concernant sa propre vie qui me semblaient, à moi, sauter aux yeux ! Mais cette frustration faisait aussi partie de mon attachement au personnage. Camille n'est pas parfaite et c'est justement ce qui la rend humaine et attachante.

Les personnages qui l'entourent contribuent eux aussi à donner de la profondeur au récit. Chacun semble porter sa propre histoire, ses propres blessures et parfois ses propres silences. Au fil de la lecture, j'ai apprécié de voir les relations évoluer et les personnages se révéler à mesure que Camille avançait dans sa quête.

L'intrigue repose ainsi sur une véritable recherche de vérité, mais « Des femmes sans bouche » n'est pas uniquement une histoire de secrets familiaux. C'est aussi un récit de reconstruction et de compréhension de soi. J'ai aimé la manière dont le passé et le présent s'entremêlent, avec des lieux et des périodes historiques qui viennent progressivement enrichir l'histoire familiale. De Belle-Île-en-Mer au Mékong, le voyage de Camille devient finalement autant intérieur que géographique.

Maud Jan-Ailleret m'a également séduite par sa plume fluide et agréable. Les chapitres courts donnent beaucoup de rythme au récit et m'ont poussée à poursuivre ma lecture encore et encore. Résultat : j'ai littéralement dévoré ce roman en un week-end ! L'écriture reste accessible tout en laissant suffisamment de place aux émotions et aux réflexions, ce qui rend cette lecture particulièrement facile à emporter avec soi.

Avec « Des femmes sans bouche », Maud Jan-Ailleret signe donc un roman contemporain profondément humain, qui interroge avec sensibilité la transmission familiale, les traumatismes transgénérationnels, les secrets de famille et la construction de notre identité. J'ai aimé suivre Camille dans cette quête parfois douloureuse, mais nécessaire, qui l'oblige à regarder derrière elle pour enfin comprendre ce qui l'empêche d'avancer.

Et si, finalement, certaines réponses ne se trouvaient pas dans ce que nous avons vécu, mais dans ce que notre famille a choisi de taire ? C'est toute la force de ce roman : nous inviter à écouter les silences, à regarder les blessures autrement et à comprendre que connaître son histoire peut parfois être le premier pas pour écrire la suite de la sienne. Une lecture qui m'a touchée et que je te recommande particulièrement si les romans contemporains qui mêlent secrets de famille, quête identitaire et transmission transgénérationnelle te parlent !

Je tiens à remercier Babelio et l'éditeur pour l'envoi de ce roman et leur confiance.