Baramine - Elsa Ferry
Résumé : Jesse et Maud entreprennent un voyage cathartique avec une baramine qui viendra peut-être à bout de leurs tensions existentielles. Cette étrange baramine est à la fois un levier, une arme, un doudou, un fétiche, une forme invisible qui tient leur monde et les lieux qu’ils traversent. Wazemmes, un SMS fantôme. Château-rouge, une attaque de hooligans. Chicoutimi, un coup de fusée. Partout, des punks maladroits qui cherchent quelque chose comme une vie spirituelle.
ROMAN CONTEMPORAIN
Antiigone
9/29/20265 min read


Prends une baramine, une bonne dose de colère, quelques blessures mal cicatrisées et deux êtres humains complètement paumés. Ajoute des kilomètres de bitume, des pensées qui partent dans tous les sens, des gens franchement bourrés, des hooligans, des punks et cette sensation tenace que l’avenir ressemble à un mur impossible à défoncer. Tu obtiens « BARAMINE », le roman contemporain et punk d’Elsa Ferry, paru en septembre 2026 aux éditions Solarium. Et crois-moi, cette lecture ne ressemble pas vraiment à une promenade tranquille !
Avec Maud et Jesse, je suis partie pour un voyage aussi physique que cathartique, où la baramine devient bien plus qu’un simple outil. Elle est un levier, une arme, un fétiche, un doudou, presque une présence à part entière. Elle accompagne les personnages dans leurs errances et semble parfois être la seule chose capable de faire tenir debout un monde qui menace de s’écrouler.
Maud et Jesse voyagent, traversent Wazemmes, Château-Rouge, Chicoutimi et d’autres lieux où les rencontres peuvent rapidement partir en vrille.
Mais derrière cette succession de situations parfois absurdes, violentes ou complètement barrées, Elsa Ferry raconte surtout une relation qui s’est perdue en chemin. Celle de deux personnes qui portent sur l’autre des attentes tellement grandes qu’elles finissent forcément par se fracasser contre la réalité.
Et parfois, quand quelqu’un nous a niqué notre naïveté, on a juste envie de lui fracasser la tronche à coups de baramine ou de barre à mine ! Voilà. C’est dit.
J’ai passé un très bon moment avec ce roman résolument punk, notamment grâce à son ton totalement décomplexé. « BARAMINE » m’a rappelé la plume de Virginie Despentes, que j’adore, autant pour son côté trash que pour cette manière très directe de parler du sexe, de la violence, des relations humaines, de la société et de tout ce qui nous fait chier. Ici, pas question d’enrober les pensées dans du papier cadeau. Ça cogne, ça déborde, ça jure et ça dit les choses comme elles viennent !
La narration de Maud participe énormément à cette impression. Ses écrits ressemblent parfois à du slam de rue. Elle digresse, revient sur elle-même, saute d’une idée à l’autre et nous entraîne dans son bordel intérieur. J’ai parfois trouvé le récit un peu décousu, notamment à travers certains passages écrits par Maud, mais cette construction correspond finalement assez bien à son état d’esprit et à celui d’une génération qui cherche désespérément où aller.
Parce que derrière le punk, la provocation et les situations parfois WTF, « BARAMINE » parle aussi de désillusion. De cette personne que l’on a aimée, que l’on a peut-être idéalisée, à laquelle on a attribué une importance démesurée avant de découvrir qu’elle n’était finalement pas grand-chose. De cette claque qui nous oblige à regarder nos propres attentes en face. De la naïveté qui se fracasse et de la colère qui reste lorsque l’on comprend qu’on s’est raconté une histoire.


Mais le roman ne s’arrête pas à cette relation. Elsa Ferry dresse aussi le portrait d’une génération paumée, désabusée mais loin d’être aveugle. Ses personnages en coloc, au RSA, ont parfaitement conscience du merdier dans lequel ils évoluent. Ils regardent leur avenir bouché, leurs perspectives limitées et une société qui ne leur promet pas grand-chose sans chercher à faire semblant que tout va bien. Il y a quelque chose de profondément lucide derrière leur bordel apparent.
J’ai également apprécié les touches féministes qui parsèment le récit. Elles viennent renforcer cette volonté de questionner les rapports humains, les attentes que l’on projette sur les autres et la place que chacun tente de trouver dans un monde qui semble souvent avoir décidé de nous emmerder.
Les personnages de Maud et Jesse sont d’ailleurs loin d’être lisses. Et heureusement ! Ils sont maladroits, cabossés, excessifs, parfois agaçants, mais surtout profondément humains. Ils cherchent quelque chose sans forcément savoir quoi : une forme de liberté, de sens, de spiritualité peut-être, ou simplement une manière de continuer à avancer quand tout paraît complètement fucked up. Les « punks maladroits » du roman ont quelque chose d’attachant précisément parce qu’ils sont loin de correspondre à l’image du héros traditionnel.
L’intrigue suit donc leurs errances et leurs rencontres, mais ce qui m’a surtout intéressée, c’est ce qu’elles révèlent de leurs blessures et de leurs questionnements. Le voyage devient progressivement une manière de déplacer le chaos intérieur dans l’espace. Chaque lieu traversé apporte son lot de situations improbables et contribue à cette impression de road trip existentiel sous acide.
Et puis il y a cette fameuse baramine ! J’ai aimé la façon dont elle prend progressivement une dimension presque symbolique. Objet concret, arme potentielle, compagnon rassurant ou représentation invisible de ce qui maintient encore leur monde debout, elle devient le fil rouge complètement barré de cette histoire. Elle permet de donner une matérialité à la colère, à la tension et à cette envie de tout envoyer valser.
Avec « BARAMINE », Elsa Ferry propose donc un roman contemporain qui ne cherche clairement pas à rentrer dans les cases. Enfin un peu d’originalité ! Sa plume est brute, orale, nerveuse et volontairement provocatrice. Elle peut surprendre, déstabiliser et donner l’impression de partir dans tous les sens, mais c’est aussi ce qui fait son identité. J’ai eu la sensation de me retrouver au milieu d’un morceau punk qui aurait décidé de devenir un roman : ça crie, ça cogne, ça déconne, ça balance quelques vérités bien senties et ça refuse obstinément de jouer selon les règles.
Si tu cherches une lecture sage, bien rangée et parfaitement prévisible, passe ton chemin. Si, en revanche, tu as envie de te prendre une bonne dose de punk, de rage, de désillusion et d’humour noir en pleine gueule, « BARAMINE » pourrait bien te plaire ! Elsa Ferry nous embarque dans un road trip aussi chaotique que lucide, porté par des personnages qui cherchent leur place, une relation qui part en morceaux et une baramine qui pourrait bien servir à exploser quelques certitudes au passage. Alors prends ton sac, enfile tes Doc et prépare-toi à suivre Maud et Jesse sur les routes : ça risque de secouer un peu, mais putain, qu’est-ce que ça fait du bien ! Punks not dead !
Je tiens à remercier les éditions Solarium pour leur envoi et leur confiance.



