Traversée du feu

Résumé : Depuis l'adolescence, Jean-Philippe Blondel se vit comme un survivant, après avoir perdu ses parents et son frère dans deux accidents de voiture. En dépit de cette tragédie qui l'a rendu « sans famille » à 21 ans, il s'est construit une existence heureuse. Il est professeur d'anglais, métier qu'il adore, a fondé une famille, est devenu écrivain. Mais, à l'hiver 2021, apprenant qu'il est atteint d'un cancer, il se retrouve brutalement projeté dans ce qu'il appelle un « cercle de feu ». Pour la deuxième fois de son existence, un gouffre s'ouvre devant lui. Très vite cependant, en dépit des traitements intensifs, un « secoue-toi » surgit. Il n'a pas envie que ça se termine. Comme quarante ans plus tôt, il retrouve cette formidable sensation d'être vivant, malgré tout.

COUP DE CŒUR MASSE CRITIQUE BABELIO

Antiigone

2/13/20243 min read

Traversée du feu, de Jean-Philippe Blondel, aux éditions L'Iconoclaste
Traversée du feu, de Jean-Philippe Blondel, aux éditions L'Iconoclaste

« Deux fois j’ai regardé la mort en face. Je n’en reviens pas d’être encore là. Ce que j’ai appris se résume en un mot : la joie ».

Voici ce qui est inscrit sur le petit bordereau de ce magnifique livre qu’est « Traversée du feu » de Jean-Philippe Blondel, paru le 25 janvier 2024, aux éditions l’Iconoclaste. Je tiens à remercier la maison d’édition, ainsi que Babelio pour l’envoi de ce livre, dans le cadre d’une Masse Critique Privilégiée.

Moi aussi, j’ai eu à traverser le feu. De nombreuses fois. Comme l’auteur, Jean-Philippe Blondel, qui nous livre ici, à la manière d’une autobiographie, l’une de ces traversées. En pleine période Covid, avec ses confinements, ses restrictions et ses incertitudes, il apprend qu’il a un cancer. Prof quinqua et auteur de nombreux romans, le monde s’écroule à nouveau. Oui, à nouveau, car des drames, il en a vécus et s’est construit avec.

C’est l’histoire d’un homme que cette annonce percute de plein fouet et qui se retrouve avec ce statut de « malade » du jour au lendemain. Il raconte avec beaucoup de justesse ce parcours de soin, ces nouvelles rencontres médicales, l’attitude de ses proches, la manière dont la perspective d’une maladie potentiellement mortelle vient chambouler sa vision de l’avenir… et du passé.

Ce passé qui ne passe pas, ces souvenirs bien ancrés et qui refont surface à la lumière de la maladie. Comme quoi ce fichu crabe remet tout en question. Alors oui, j’ai pleuré, oui, je me suis retrouvée dans ce qu’il dit de la maladie, de ce qu’il vit. Parce que c’est tellement juste, tellement vrai. Je me suis retrouvée dans ses mots, moi qui l’ai aussi vécue en tant que patiente, mais aussi professionnelle de santé. On ne tombe pas dans le pathos.

Il explique la chimio, les traitements, les examens, ses émotions, les démarches qu’il entreprend pour se saisir de chaque instant de vie, la manière dont ces autres, proches et moins proches, le considèrent à présent. Le plus beau est qu’il en tire une sorte de leçon universelle qu’il va s’appliquer à suivre : que la joie demeure, un peu comme dans le livre de Jean Giono. Mais une joie éclairée par tout ce qu’il a traversé. Et, punaise, c’est à la fois dur et tellement beau. Tellement beau que j’en chiale encore à l’écriture de cette chronique. C’est rare, c’est puissant. Mais il faut le lire pour le comprendre. Ça prend aux tripes, les mots de l’auteur, comme la maladie l’a fait pour lui, nous percutent de plein fouet.

Ce livre est aussi un témoignage d’une époque mémorable, celle du Covid. Pourtant pas si lointaine, on pourrait croire qu’elle n’est que fiction. Et pourtant, cela m’a rappelé ces mois de tumulte sur lesquels l’auteur greffe son expérience de malade du cancer.

C’est aussi une plongée au cœur du métier d’écrivain, qui prend une tout autre dimension au regard de la maladie. L’auteur s’interroge sur ses écrits, sur pourquoi il écrit, sur ce qu’est l’écriture dans notre société aujourd'hui. Moi-même écrivain, cela m’a poussée à m’interroger sur cela aussi.

La plume de l’auteur, que je découvre avec ce livre et qui me donne envie de découvrir ses autres œuvres, est fluide et agréable à lire. Il ne s’embarrasse pas du superflu et nous livre un témoignage sans fioritures, à l’image de la maladie. Mais peut-être que cela sera un peu dur à lire pour certains, d’un point de vue émotionnel, j’entends. Il faut s’accrocher, il faut accepter ce que ce livre dit de nous à sa lecture.

Pour conclure, c’est un coup de cœur, un coup au cœur, un véritable rappel de vivre chaque instant. Parce que, du jour au lendemain, tout peut s’écrouler. C’est une leçon de vie, une leçon de joie, un témoignage de résilience hors du commun. C’est l’histoire d’un homme dont la vie est traversée de drames que peu de gens ont vécus. C’est l’histoire d’un écrivain qui se cherche, ce qui donne encore plus d’authenticité à ses écrits. Merci, monsieur Blondel pour ce récit de vie !